Après notre premier article sur les pollutions à Charenton, centré sur la pollution sonore, nous allons ici détailler l’enjeu de la pollution atmosphérique dans notre ville.

L’association Respire, sur la base de données établies par Airparif, a dressé une carte de la pollution atmosphérique dans les établissements scolaires et crèches d’Île-de-France. Le résultat est sans appel : les écoles de Charenton n’échappent pas à ce fléau.

Vert : Correct // Jaune : Passable // Rouge : Préoccupant

Dans le tableau ci-dessus, nous vous présentons les moyennes sur deux périodes de l’exposition de nos établissements scolaires à trois polluants :

  • Le NO2 : « Le dioxyde d’azote irrite les voies respiratoires et s’avère particulièrement nocif pour les publics fragiles (asthmatiques, malades, …). Il est émis pour moitié par le trafic routier et pour un cinquième par le chauffage »
  • Les PM10 : « les microparticules de moins de 10 micromètres pénètrent l’appareil respiratoire et peuvent provoquer des inflammations notamment chez les personnes fragiles ou malades. Elles proviennent principalement des activités industrielles (1/3), du chauffage et du trafic routier (1/4 chacun) ».
  • Les PM2.5 : « D’un diamètre inférieur à 2,5 micromètres, ces particules rejetées par le chauffage, l’industrie et la circulation automobile constituent un facteur aggravant pour les malades chroniques des voies respiratoires, les enfants et les personnes âgées ».

Tout d’abord, les points positifs du tableau. Nous voyons que la tendance est plutôt bonne en ce qui concerne l’exposition de nos établissements scolaires sur chacune de ces trois particules. En effet, une baisse de 9% en moyenne sur l’ensemble du groupe pour le NO2, 20% pour les PM10 et 22% pour les PM2,5. En ce qui concerne le NO2, l’association Respire classe la plupart de nos établissements dans la catégorie « Correct ».

Maintenant, ce qui est moins bon. Procédons selon les particules. Tout d’abord, pour le NO2, nous voyons que 4 de nos établissements scolaires ont une moyenne d’exposition au mieux Passable, au pire Préoccupante sur la période 2012-2017. Si nous regardons les chiffres de la seule année 2017, l’école maternelle de la Cerisaie, le multi-accueil Couleurs Epices et l’école maternelle de Port-aux-Lions maintiennent des niveaux de NO2 au-dessus des 40 microgrammes / m3.

Si ces établissements présentent les taux de décroissance les plus élevés de la ville pour cette particule, les taux restent élevés, au prix de la santé des plus fragiles d’entre nous. Ceux qui, par leur situation géographique, pâtissent déjà des effets du bruit que nous avons détaillé dans l’article précédent, se voient condamnés à la double peine.

Pour les PM10 et PM2,5, en revanche, la situation est bien plus homogène, et source d’inquiétude. En effet, si le tableau ne fait pas part d’établissement dans la catégorie « Préoccupante » en moyenne sur la période 2015-2017 ; les trois mêmes établissements cités précédemment étaient ces dernières années dans cette tranche-là. Voyez donc l’effet cumulatif d’une exposition globale à toutes les particules. Encore une fois, avec les effets qu’on leur connait.

Cet exemple sur les établissements scolaires de notre ville attire l’attention sur notre vulnérabilité face à ce fléau. En effet, notre proximité avec l’A4 et le Boulevard Périphérique ainsi que la densité de population dans notre commune aggrave une situation qui, en soi, aurait été déjà bien préoccupante.

Par ailleurs, d’autres facteurs viennent renforcer ce péril, et nous n’en citerons qu’un seul ici : l’incinérateur d’Ivry-sur-Seine. Plusieurs associations, dont le Collectif 3R (mettre le lien), alertent depuis bien des années sur les risques qu’engendre l’incinérateur du Syctom et ses cheminées, de l’autre côté de la Seine. Car comme le nuage de Tchernobyl qui ne s’arrête pas à la frontière du Rhin, les rejets des cheminées ne s’arrêtent pas au niveau de la Seine. Pire, les vents les dirigent droit sur nous :


Source : Bilan annuel 2017, Usine d’incinération d’Ivry-Paris XIII

Cette rose des vents indique que les vents qui s’abattent sur les cheminées viennent de l’Ouest et donc poussent les fumées vers l’Est, c’est-à-dire sur nous, comme bien illustré par la carte ci-dessous :

Reste maintenant à savoir ce qui s’échappe de ces fumées. Nous pouvons y trouver de l’acide chlorhydrique, du dioxyde de soufre, du monoxyde de carbone, des oxydes d’azotes (encore eux), de l’acide fluorhydrique, du cadmium, du thallium, du cuivre, de l’arsenic, du nickel, du zinc, des cyanures et fluorures, du mercure, d’autres métaux lourds tout aussi joyeux, de l’ammoniac…

Alors si le Syctom se vante de respecter les maxima légaux (et encore, en ce qui concerne les dioxines bromées dont les concentrations sont 4 fois supérieures aux limites ; le dioxyde de souffre, les oxydes d’azotes, le monoxyde de carbone, pour lesquels il n’y pas de quoi briller tant on est proches de ces limites), les conséquences pour Charenton restent scandaleuses (station J27 sur le graphique suivant) :

Par ailleurs, seule une liste prédéfinie de polluants sont mesurées, c’est-à-dire que nous serions potentiellement exposés à d’autres polluants sans en avoir connaissance !

Face aux sujets de la pollution atmosphérique que nous avons souligné dans cet article, quelles solutions ?

  1. Notre ville a approuvé la mise en place d’une Zone de Faible Emission, qui vise à restreindre la circulation pour les véhicules les plus polluants. Celle-ci prévoit que dès juillet 2019, les véhicules Crit’Air 5 (i.e. les véhicules essence d’avant 1997 et les diesels d’avant 2001), ne pourront plus circuler dans le périmètre à l’intérieur de l’A86. Progressivement, les vignettes Crit’Air 4 et 3 seront tour à tour interdites. Si cette zone est approuvée par l’ensemble des villes concernées, elle permettrait de réduire le nombre de poids lourds et vieux véhicules les plus polluants de nos routes, sur le modèle des 227 ZFE déjà existantes en Europe.
  2. Nous pourrions également agir sur l’A4 et le Boulevard Périphérique, en y créant une « voie verte ». Cette voie sur l’A4 serait une voie réservée au covoiturage et aux véhicules propres. Cela limiterait grandement la pollution sur les zones autour de ces axes-là, et notamment Charenton.
  3. Si bien sûr, l’essentiel de la pollution atmosphérique charentonnaise vient de notre proximité avec les grands axes routiers, nous devons également prendre des mesures sur notre propre consommation. Nous avons vu plus haut l’impact du chauffage par exemple. Nous proposons donc que la Ville mette en place un dispositif d’aide pour améliorer la performance énergétique des bâtiments et la réduction des émissions liées au chauffage. En parallèle, la Ville doit toujours renforcer l’utilisation des transports en commun, de l’autopartage, et des vélos. Nous proposons donc un plan de développement du transport durable, avec plus de pistes cyclables, la mise en place d’un système d’autopartage local, une navette verte. La commune, aux côtés du département, devrait également exiger de la Région et de la RATP l’augmentation des fréquences et des capacités des bus qui desservent notre ville, mais aussi les villes plus en amont de l’A4.
  4. Mettre fin aux nuisances de l’incinérateur. Nous avons vu l’impact de cette usine de l’autre côté de la Seine, et jusqu’à présent, rien n’a été fait. La Ville doit s’opposer à toute augmentation des émissions et exiger la fin des émissions dangereuses ou la fermeture de cette usine.

Voici d’ailleurs une pétition pour la mise en place de quelques-unes de ces propositions, faite par l’association Respire à la suite de son étude sur la pollution atmosphérique des crèches et écoles.

Catégories : Charenton

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